
Encore en train d’être finalisé, le nouveau collège de Sion accueillera bientôt une installation artistique qui s’inscrit pleinement dans l’esprit du Kunst am Bau. Intitulée Les résurgences lumineuses, l’œuvre imaginée par Alexandre Joly se déploie à la fois sur les façades et dans les patios du bâtiment.
L’artiste a travaillé à partir du cadre défini par le concours et par l’architecture du projet. «Tout commence avec le cahier des charges et le contexte du lieu. À partir de ce cadre, j’explore les différentes possibilités qui en naissent», explique-t-il. Son approche, mêlant sculpture et son, a convaincu le jury par son intégration discrète et sensible dans le bâtiment.
Au fil du développement du projet, la proposition s’est affinée pour prendre la forme d’une diagonale qui traverse l’édifice. «Comme une résurgence qui parcourt le bâtiment sur plusieurs murs et dans les patios intérieurs-extérieurs», décrit l’artiste.
Des disques comme des notes suspendues
Concrètement, l’installation se matérialise par une série de disques métalliques disposés sur les murs et dans les espaces végétalisés. Leur présence évoque des formes organiques, presque comme si elles avaient émergé du bâtiment lui-même. «On peut les imaginer comme des champignons qui auraient poussé dans l’architecture», sourit Alexandre Joly.
Chaque disque est réalisé en inox, découpé au laser dans une plaque d’un centimètre d’épaisseur et d’environ trente centimètres de diamètre. Après cette première étape industrielle, les pièces sont retravaillées dans un atelier spécialisé. Un micro-sillon est gravé à leur surface afin de décomposer la lumière qui s’y reflète et créer des effets optiques changeants selon l’angle de vue. Le résultat produit un léger mouvement lumineux lorsque l’on se déplace dans l’espace. Les disques ont ensuite été traités par dépôt de titane, qui leur confère cinq couleurs différentes et renforce leurs reflets.
Quand la sonnerie devient musique
Mais l’œuvre ne se limite pas à sa dimension sculpturale. Fidèle à sa pratique artistique, Alexandre Joly y a intégré une composante sonore. Les disques dialoguent symboliquement avec la sonnerie du collège, transformée pour l’occasion en véritable élément de création.
«Les sonneries font référence à ces disques, un peu comme des notes de musique», explique-t-il. Avec la complicité d’un compositeur, l’artiste a élaboré une série de mélodies aux sonorités cristallines, inspirées notamment des cymbales utilisées dans les orchestres classiques. Une quarantaine de séquences différentes ont été créées. Chaque vendredi en fin de journée, une sonnerie particulière retentira pendant plusieurs minutes, comme un «générique de fin de semaine». Des algorithmes introduisent par ailleurs une part d’aléatoire dans ces compositions, renouvelant l’expérience sonore au fil du temps.
«La sonnerie d’une école est généralement quelque chose que l’on n’écoute plus vraiment. Mais dès qu’on propose une approche singulière, elle devient un objet d’attention et de discussion.»
Le dialogue entre art et construction
Comme souvent dans les projets de Kunst am Bau, la réalisation de l’œuvre a impliqué de nombreux échanges avec les acteurs du chantier. Architectes, ingénieurs et entreprises ont participé à l’adaptation de la proposition artistique aux contraintes techniques du bâtiment.
Pour Alexandre Joly, cette collaboration fait partie intégrante de l’intérêt du processus. «J’aime me confronter aux contraintes techniques et à la réalité des utilisateurs du lieu.
Ce sont des projets qui demandent beaucoup de dialogue avec les architectes.» Ces interventions offrent aussi aux artistes une autre temporalité de travail. «Cela permet de se projeter sur le long terme, aussi bien sur le plan artistique que financier. Et l’échelle d’intervention est très différente de celle d’une exposition.»
Au futur collège de Sion, cette rencontre entre architecture, ingénierie et création artistique laissera ainsi une empreinte durable. Une présence discrète mais vivante, faite de lumière, de reflets… et de sons qui rythmeront la vie quotidienne des élèves pendant de nombreuses années.